Délice, Clarté et Non-discursivité

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Délice, Clarté et Non-discursivité (bde gsal mi rtog pa) བདེ་གསལ་མི་རྟོག་པ།

Signification littérale

bde: Délice; —gsal: Clarté; —mi rtog pa: Non-discursivité.

Définition

Dans le cadre des instructions Dzogchen proprement dites, la référence aux notions de Délice, de Clarté et de Non-discursivité, que l’on retrouve par exemple dans L’Essence Perlée de Vimalamitra (Bi ma snying thig), se fait dans un contexte précis qui ne renvoie pas directement aux pratiques décrites, inter alia, par Longchenpa dans L'Aisance de la Concentration (bSam gtan ngal gso) par exemple. En effet, dans ce cas, il s’agit très précisément d’expériences (nyams) découlant d’autres pratiques, et notamment des pratiques avancées de l’Eradication de la Rigidité (khregs chod) et du Franchissement du Pic (thod rgal). Autrement dit, elles font référence à des expériences mais pas à des pratiques stricto sensu. La distinction est importante car cela signifie que ces pratiques ne relèvent pas directement du cadre des instructions Dzogchen per se. La synthèse de la pratique avancée de la Grande Perfection (dans laquelle figurent les notions de Délice, de Clarté et de Non-discursivité) peut se présenter comme suit (d’après le Bi ma snying thig, vol. II, p. 6) :

L’éclat de la Claire-Lumière (‘od gsal gyi gdangs) du cœur est contrôlé par les Regards (gzigs stangs) adoptés par la Lampe d’Eau du Lointain-Lasso (rgyang zhags chu’i sgron ma), en sorte que les visions de l’état naturel ne bougent pas et ne fluctuent pas. Alors, la Lampe de l’Espace purissime (dbyings rnam dag gi sgron ma) émerge dans l’espace visionnaire sous la forme d’un arc-en-ciel ou de la lettre tibétaine na ro, de chaînes adamantines, etc. Simultanément, la Lampe des Disques Vides (thig le stong pa’i sgron ma) apparaît sous la forme de Disques Lumineux (thig le) aux teintes rouges, jaunes, etc., entourés d’une enceinte quinticolore. Au début de la pratique, leur taille avoisine le diamètre d’un pouce, puis, à mesure que la familiarisation s’intensifie, cette taille augmente en conséquence. Les Disques apparaissent alors liés par deux, trois, etc. En les fixant sans aucune distraction, l’esprit demeure dans l’état de la Lampe de la Connaissance Sublimée Née-d’elle-même (shes rab rang byung gi sgron ma) qui émerge de l’intérieur (khong nas ‘char) et qui s’exprime comme une Clarté-Vacuité (gsal stong) vierge de toute discursivité. Cette expérience de la Sagesse non discursive (mi rtog pa’i ye shes) émerge en le continuum dans une totale absence d’élaborations intellectuelles et se caractérise comme un dynamisme sapiential non encore expérimenté par l’adepte ou plus intense que tout dynamisme sapiential qu’il a déjà éprouvé par le passé dans ses recueillements méditatifs. Cette sapience lui donne connaissance des termes religieux dont il pénètre les principes sans aucun effort. Il jouit alors de la Clarté intérieure (nang gsal) manifestée comme la Sagesse du Calme Mental et de la Vision Supérieure (zhi lhag gi ye shes), ainsi que du dynamisme propre à la Vision Supérieure (lhag mthong gi rtsal), la combinaison des deux permettant la purification radicale des imprégnations karmiques et des passions.

Dans ces expériences rédemptrices, l’aspect de Non-discursivité (mi rtog pa’i cha) correspond à ce que l’on désigne comme la Sagesse du Calme Mental (zhi gnas kyi ye shes), c’est-à-dire l’expérience sapientiale d’un état non conditionné par les concepts ou par le discours intérieur. Le dynamisme de cet état se traduit par un recueillement méditatif (ting nge ‘dzin) profond et vif, animé d’Yeux divins, de presciences et d’expériences (nyams) de Délice (bde), de Clarté (gsal) et de Non-discursivité (mi rtog pa).

L’aspect de Vision Supérieure s’exprime à travers une absence de prolifération discursive et via une expérience rédemptrice discernante (rig) qui intensifie l’aspect de pureté inhérent à la Clarté. Le dynamisme de cet état s’exprime en une compréhension totale des termes religieux employés par les textes (avec une pénétration inobstruée des champs sémantiques s’appliquant à ces termes, etc.), et en une émergence formidable d’Yeux divins et de presciences divines. Il est clair que l’on se situe ici dans un domaine différent de celui des Tantras supérieurs (Mahāyoga et Anuyoga, dans la mesure où la pratique visionnaire — c’est-à-dire la pratique principale du Dzogchen — ne dépend pas directement des principes yogiques décrits dans les pratiques centrées sur le Délice, la Clarté et la Non-discursivité. Dans le texte de L'Aisance de la Concentration, Longchenpa s’adresse clairement à un auditoire qui n’est probablement pas Nyingmapa (et moins encore constitué de Dzogchenpas aguerris), susceptible d’être attiré par ce type de pratiques parce qu’il doit correspondre à des notions connues des Anuttarayogatantras. Précisons encore cependant qu’en intégrant la pratique de contemplation du ciel (nam mkha’ ar gtad), Longchenpa a su intégrer son propos jusque dans les principes fondateurs de la pratique principale du Dzogchen que l’on retrouve dans la Section de l’Esprit, la Section de l'Espace Abyssal et la Section des Préceptes.


Jean-Luc Achard 13 novembre 2018 à 10:40 (CET)