Base

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Base (gzhi)

Résumé

La Base désigne l’état naturel de l’individu et s’exprime comme une Pureté Primordiale (ka dag), vide et vierge de toute réduction. Son Espace infini accueille en son sein les prodiges visionnaires de son Discernement, c’est-à-dire de sa Sagesse primordiale qui irise les confins de l’Espace avec les splendeurs de son propre déploiement. La nature de cette Pureté Primordiale est dite spontanément accomplie (lhun grub), exprimant en cela la Clarté intérieure qui fulgure au sein de l’Espace primordial sous la forme d’une subtile Sagesse. Cette Sagesse est la manifestations visionnaire de la Claire-Lumière, que l’on définit également comme étant l’éclat primordial de la subtile Sagesse (phra ba’i ye shes ye gdangs). La Base s’exprime en deux modalités selon que l’on réalise son essence ou non: 1. la Base de la Liberté (grol gzhi) pour les Eveillés réalisés et 2. la Base d’égarement (‘khrul gzhi) pour les êtres animés non-réalisés.

Explication détaillée

L'idée de Base (gzhi) est une notion qui tient une place très importante dans les écrits philosophiques et pratiques de la Section des Préceptes (Man ngag sde). C'est un sujet à la fois vaste et profond, souvent controversé[1] et d'une approche assez délicate parce qu'il peut s'avérer dans ses détails d'une extrême complexité. Or, la chose la plus importante et la plus simple qui soit en la matière, est de ne jamais oublier que lorsque l'on parle de la Base (gzhi), on ne parle que de l'état naturel (gnas lugs) de l'individu et non pas d'un quelconque système cosmologique qui verrait cette Base située en un lieu déterminé et déterminable, en le présentant comme une source localisée de l'existence en général.

Il ne faut pas croire non plus que cette Base se trouve dans l'esprit (sems) ou encore, sise dans l'une de ses fonctions. On pourrait donc davantage parler de principe isotropique à son endroit et même d'ubiquité, tant dans l'espace que dans le temps car, si l'on utilise effectivement les expressions Base Originelle (ye gzhi) ou encore Base Primordiale (thog ma'i gzhi)[2], il n'est fait aucune référence à un âge d'or primordial qui serait le but à reconquérir. Ce sont en fait le langage et la nécessité de l'explication (tous deux réducteurs de par leurs limites inhérentes) qui découpent en parties distinctes et extérieurement séparées ce qui est un dans l'expérience, dans la continuité même de l'existence (gzhi'i rgyud).[3] Tout ce qui est ainsi dit de la Base s'applique à la personne et plus précisément à sa nature primordiale et ultime.

Si donc la Base est libre de toute contingence, les explications et les définitions qu'on en donne n'échappent pas à la nécessité d'un découpage temporel trompeur de l'expérience : on parle ainsi de “l'état naturel du caractère concret de la Base avant que n'apparaissent les Buddha réalisés et les êtres animés non-réalisés”.[4]

Philologiquement, toutes les définitions peuvent, quel que soit leur degré de complexité, se résumer à l'énoncé suivant : “La Base Primordiale s'exprime en tant qu'Essence, Nature et Compassion”.[5] Ces trois derniers termes constituent ce que l'on appelle les Trois Sagesses qui demeurent sur la Base (gzhi gnas kyi ye shes gsum) qui, elles aussi, semblent former trois unités distinctes alors qu'il n'en est rien en réalité. Ce sont, en effet, toujours le langage et son caractère réducteur qui exigent ce découpage fictif et qui fournissent les qualificatifs restrictifs à ce qui est encore une fois une continuité, une unité continue, comme le montre d'ailleurs une des expressions qui qualifient la Base, à savoir : Triple Sagesse (ye shes sum ldan).[6]

Bibliographie

  1. Achard Jean-Luc, L'Essence Perlée du Secret, Brepols, 1999.
  2. Achard Jean-Luc, Les Préceptes en Douze Chapitres, Khyung-mkhar, 1992.
  3. Karmay, S.G., The Great Perfection"", Brill, 2007.

Jean-Luc Achard 17 juin 2017 à 16:18 (CEST)


  1. Voir Karmay, The Great Perfection, p. 121 et seq.
  2. Les qualificatifs “originel” (ye) et “primordial” (thog ma) sont employés dans des sens ici parfaitement synonymes. Ils tendent à indiquer qu'on se trouve dans un champ sémantique précis, à savoir celui de l'état naturel (gnas lugs) qui “pré-existe” et qui sert de source à la Base de la Liberté (grol gzhi) et à la Base d'égarement (‘khrul gzhi).
  3. Cette unité foncière est d'ailleurs explicitement exprimée avec le composé Disque Unique (thig le nyag gcig) qui qualifie et décrit l'état naturel. Selon Lopon Tenzin Namdak (entretien du 22/08/95, Paris), cette expression, typique et exclusive du système de la Grande Perfection, place le Dzogchen sur un plan hors d'atteinte des conceptions duelles qui caractérisent la notion de double vérité (bden gnyis) dans le Madhyamaka (à la Voie du Milieu, on peut d'ailleurs ajouter tout le tantrisme qui joue souvent sur l'expression de cette double vérité et sur la manière d'interpréter des textes en fonction de ces deux pôles).
  4. Tshig don mdzod p. 161: rtogs te sangs rgyas ma byung/ ma rtogs te sems can ma byung ba'i sngon rol na gzhi dngos po gshis kyi gnas lugs/. On trouve déjà cette notion de (pré-)temporalité dans des Tantras aussi importants que le bKra shis mdzes ldan, p. 210. L'importance de l'antériorité (fictive répétons-le et exigée par le langage) de cet état est induite très tôt dans les textes dzogchen et elle y est exprimée en des termes qu'on retrouve dans des textes plus récents : par exemple, dans la Roue des Précieuses Disputations (Rin po che rtsod pa'i ‘khor lo, fol. 122a) de *Vairocana, cet état qualifié d' “Essence de la grande et Profonde Clarté” (gting gsal chen po'i ngo bo), est présenté comme n'étant pas créé par le sage talent des Eveillés ni corrompu par la ruse des êtres animés (sangs ryas sgam ste ma mdzad la/ sems can sgrin ste ma bcos so). C'est exactement dans les mêmes termes qu'on retrouvera cette définition dans, inter alia, la première section du Zhangzhung Nyengyü (cf. Achard, Les Préceptes en Douze Chapitres, p. 10).
  5. Bima Nyingthik, vol. III p. 298: thog ma'i gzhi de ngo bo rang bzhin thugs rje gsum du gnas te/.
  6. Cf. inter alia, Tshig don mdzod, p. 171.