Qualités du Bardo de la Réalité
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Les Qualités du Bardo de la Réalité (Chos nyid bar do’i yon tan) ཆོས་ཉིད་བར་དོའི་ཡོན་ཏན།
Signification littérale
—chos nyid : Réalité ; —bar do’i : Bardo, état intermédiaire + marque du génitif ; —yon tan : Qualités.
Définition
Ce court traité appartenant à la collection du Khandro Nyingthik de Pema Ledrel Tsel décrit les qualités inhérentes au Bardo de la Réalité, et les présente comme comprenant onze thèmes, à savoir :
- les deux conditions de non-demeure (mi gnas pa gnyis), à savoir : [i] ne pas encore demeurer dans l’état du Plein Eveil, ni [ii] dans la condition du Saṃsāra ;[1]
- les quatre puretés (dag pa bzhi), faisant référence à un état dans lequel : [i] les obscurcissements liés au corps que l’on possédait avant le décès et ceux qui seront connectés au corps mental (obtenu pendant le Bardo du Devenir) sont temporairement purifiés au sein de l’Espace primordial ;[2] [ii] les passions sont purifiées dans leur propre état, puisque la conscience du défunt s’est résorbée dans l’état même du Discernement (rig pa) ; [iii] le Saṃsāra est purifié puisque, à ce moment-là, on n’a pas encore repris naissance dans l’un des Trois Domaines ; et [iv] l’existence manifestée (snang srid) est purifiée sans avoir à être abandonnée, puisque le maṇḍala de nos propres visions rayonne naturellement, sans aucune entrave, dans le ciel devant soi ;[3]
- les quatre occasions consistant à « ne pas tomber sous l’emprise de quoi que ce soit » (dbang du mi ‘gro ba bzhi), autrement dit : [i] on ne tombe pas sous l’emprise des obscurcissements, puisque l’on n’a pas encore repris naissance, en sorte que la Sagesse Née-d’elle-même n’est pas recouverte par quoi que ce soit ; [ii] on ne tombe pas sous l’emprise des passions, puisque l’on n’a pas encore repris naissance dans l’une des six destinées ; [iii] on ne tombe pas sous l’emprise du karma, puisque les traces karmiques, ainsi que le bon et le mauvais karma sont temporairement neutralisés à ce stade ; et [iv] on ne tombe pas sous l’emprise des causes et des fruits, puisque l’on n’a pas repris naissance dans les domaines supérieurs ou inférieurs du Saṃsāra[4] ;
- les deux absences d’obstacles (bar ma chod pa gnyis), autrement dit : [i] on ne connaît pas d’obstacles liés au sanctuaire de naissance (c’est-à-dire la destinée dans laquelle on reprend naissance), puisque l’on se trouve dans le Bardo ; et [ii] on ne connaît pas d’obstacles liés aux Terres et aux Voies, c’est-à-dire les obstacles susceptibles de surgir au cours de la pratique ;
- les deux instructions cruciales (gdams pa’i gnad gnyis) expliquant que pendant que l’on se trouve dans le Bardo de la Réalité : [i] il n’y a, à ce stade, aucun lieu de transmigration (‘khor sa) où se rendre au sein du Saṃsāra lui-même, dans la mesure où l’existence manifestée est temporairement purifiée au cœur de la Base ; et [ii] il n’y a aucun lieu vers lequel dévier (‘khyar sa) lors d’une éventuelle errance, dans la mesure où le Bardo dans lequel on se trouve correspond à la rencontre sans effort des Réalités Mère et Fille (chos nyid ma bu) ;
- les trois raisons de ne pas reprendre naissance (skye ba mi len pa’i gtan tshigs), à savoir: [i] lorsque le domaine des apparences est purifié, il n’y a pas de lieu où reprendre naissance ; [ii] lorsque l’esprit intérieur en proie à la saisie est purifié, il n’y a pas de soi (bdag) qui va reprendre naissance ; et [iii] lorsque l’on voit le maṇḍala des visions naturelles, le flot des renaissances est coupé une fois que ce maṇḍala a été reconnu ;
- les quatre clarifications (gsal ‘debs bzhi) expérimentées par le défunt concernant ses propres visions naturelles (rang snang), les rayons de lumière (‘od zer), les instructions orales (gdams ngag), et le maṇḍala (dkyil ‘khor) ;
- les trois escortes (skyel ma gsum), à savoir [i] l’escorte formée par la pratique antérieure, [ii] l’escorte consistant en l’obtention de la stabilité et de la confiance, et [iii] l’escorte de la clarification donnée au moment de la mort ;
- les trois compagnons d’accueil (sun ma gsum), à savoir [i] le compagnon formé par les lumières de Sagesse (ye shes ‘od kyi sun ma) qui est comme le soleil brillant dans l’obscurité et à travers lequel la clarté naturelle des Corps et des Sagesses est expérimentée sans saisie ; [ii] le compagnon formé par les rayons (zer gyi sun ma) à travers lequel la conscience du défunt fait l’expérience de sa liberté naturelle incessante ; et [iii] le compagnon formé par les Corps (sku’i sun ma) grâce auquel la conscience fait l’expérience du son vide et naturel de la Réalité ;
- les trois pratiques (mtshams sbyor gsum), à savoir: [i] la pratique du maître grâce à laquelle on reçoit les bénédictions (byin rlabs), [ii] la pratique du Yidam grâce à laquelle on fait l’expérience de la Claire-Lumière (‘od gsal), et [iii] la pratique de la Ḍākinī grâce à laquelle on s'empare de la citadelle de la Pureté Primordiale (ka dag) ;
- les quatre catégories de Transparence (zang thal gyi chos bzhi), expérimentées par le défunt, à savoir: [i] la Transparence de ses propres visions, indiquant que les perceptions mondaines ont été purifiées ; [ii] la Transparence de son propre maṇḍala, indiquant que les obscurcissements du corps ont été purifiés ; [iii] la Transparence de la Sagesse du Discernement (rig pa’i ye shes), indiquant que l’esprit en proie aux saisies a été purifié ; et [iv] la Transparence de la Connaissance Sublimée (shes rab), indiquant que l'ignorance a été dissipée.
Notes
- ↑ Comme indiqué dans le texte, à ce moment précis (i.e., au sein du Bardo), la conscience demeure dans l’état de la Base (gzhi) caractérisé par la Pureté Primordiale (ka dag) et la Spontanéité (lhun grub). Elle se trouve donc dans un état en lequel elle n’est encore ni incarnée ni éveillée.
- ↑ Au cours du Bardo de la Réalité, la puissance des traces karmiques, du karma positif ou négatif, des obscurcissements, etc., est temporairement entravée (lit. “purifiée”, dag pa), permettant ainsi l’émergence des conditions menant à la réalisation de notre propre nature lors des déploiements manifestes des déités paisibles et courroucées. Une fois que ce Bardo est terminé, la conscience entre alors dans le Bardo du Devenir au cours duquel la puissance du karma est réactivée et affecte à nouveau l’esprit du défunt. C’est pour cette raison que la neutralisation temporaire du karma fait partie des qualités (yon tan) du Bardo de la Réalité.
- ↑ Cela signifie qu’à ce stade au cours du Bardo, nos propres visions se déploient naturellement dans le ciel devant nous, en sorte que les perceptions de l’existence manifestée sont temporairement entravées, au profit du déploiement des splendeurs quinticolores de l’état naturel.
- ↑ Les trois domaines supérieurs du Saṃsāra sont les destinées des dieux, des demi-dieux, et des êtres humains, les trois domaines inférieurs étant ceux des animaux, des fantômes faméliques ou prétas, et des damnés des enfers.
Référence
mKha 'gro snying thig (sNying thig ya bzhi, Delhi, 1975), vol. 2, pp. 191-195.
Jean-Luc Achard 27 mai 2026 à 08:41 (CEST)