Liberté des extrêmes : Différence entre versions

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Dans le [[Dzogchen]], la notion de “Liberté des extrêmes” intervient de manière particulièrement pertinente dans le contexte de l'[[Epiphanie de la Base]] (''gzhi snang'') et forme ainsi l'un des [[six modes d'émergence]] des manifestations jaillissant de l'[[état naturel]]. Elle implique tout simplement que l'[[état naturel]] ne s'exprime pas en fonction des [[deux extrêmes]]. En fait, lorsque l'on ne reconnaît pas la nature de l'épiphanie, on s'égare et les proliférations conceptuelles se développent au point que tout est appréhendé selon un mode dualiste. En revanche, lorsque l'on renverse l'entrée dans le mode saṃsārique, on se tient directement dans l'expérience de l'[[état naturel]], c'est-à-dire au "centre" (''dbus'') vierge des [[deux extrêmes]]. A ce stade, l'[[égarement]] dans ces extrêmes se libère naturellement en sorte que les conceptions erronées qui caractérisaient le mode de l'égarement ('''khrul tshul'') apparaissent désormais en tant que [[Sagesses]] (''ye shes''). L'Eveil consiste à ne pas régresser de ce niveau de [[réalisation]].
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La notion de liberté des limites doit s'entendre comme faisant référence à l'[[état naturel]] vierge de toute dépendance et non établi en fonction d'éventuels points de référence. Ce état est donc libre de ce que l'on désigne comme les [[quatre extrêmes]] (''mu bzhi''), à savoir :
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Jean-Luc Achard 11 octobre 2019 à 09:29 (CEST)
 
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Version actuelle datée du 11 octobre 2019 à 09:29

Liberté des extrêmes (mtha' 'grol) མཐའ་གྲོལ།

Signification littérale

mtha’ : extrême, limite, limitation; —grol: liberté; libre.

Définition

La notion de liberté des limites doit s'entendre comme faisant référence à l'état naturel vierge de toute dépendance et non établi en fonction d'éventuels points de référence. Ce état est donc libre de ce que l'on désigne comme les quatre extrêmes (mu bzhi), à savoir :

  1. l'extrême de l'existence,
  2. l'extrême de la non-existence,
  3. l'extrême consistant à être les deux à la fois, et
  4. l'extrême consistant à n'être ni l'un ni l'autre.

Dans son Trésor du Véhicule Suprême (Theg mchog mdzod), Longchenpa définit cette liberté de limites comme une manière de définir l'état naturel qui ne s'exprime dans aucune forme de limitations, à savoir : l'existence (yod pa), la non-existence (med pa), l'apparence (snang ba), et le vide (stong pa). Implicitement, cela signifie que cet état transcende toute définition sommaire du type "c'est ceci" (‘di yin), "ce n'est pas cela" (‘di min). Dans la mesure où elle est vierge de limitations, la Vue qui sous-tend cette modalité de la liberté est appelée "Vue qui ne conceptualise pas le centre" (dbus mi dmigs pa'i lta ba), la notion de centre (dbus) étant, paradoxalement, conçue comme un extrême établi en fonction de limitations (par l'exclusion de la notion de périphérie par exemple).

Dans le Dzogchen, cette notion impliquant un mode de libération hors de toute limite intervient de manière particulièrement pertinente dans le contexte de l'Epiphanie de la Base (gzhi snang) et forme ainsi l'un des six modes d'émergence des manifestations jaillissant de l'état naturel. Elle implique tout simplement que l'état naturel ne s'exprime pas en fonction des deux extrêmes. En fait, lorsque l'on ne reconnaît pas la nature de l'épiphanie, on s'égare et les proliférations conceptuelles se développent au point que tout est appréhendé selon un mode dualiste. En revanche, lorsque l'on renverse l'entrée dans le mode saṃsārique, on se tient directement dans l'expérience de l'état naturel, c'est-à-dire au "centre" (dbus) vierge des deux extrêmes. A ce stade, l'égarement dans ces extrêmes se libère naturellement en sorte que les conceptions erronées qui caractérisaient le mode de l'égarement ('khrul tshul) apparaissent désormais en tant que Sagesses (ye shes). L'Eveil consiste à ne pas régresser de ce niveau de réalisation.


Jean-Luc Achard 11 octobre 2019 à 09:29 (CEST)